L’Affaire Dreyfus nous parle encore : ce que le Musée de Bretagne nous dit de notre époque

Il y a des affaires historiques que l’on croit révolues, classées, enseignées et qui pourtant continuent de nous interpeller avec une acuité troublante. L’Affaire Dreyfus est de celles-là. Fausse accusation, falsification de preuves, antisémitisme d’État, mobilisation de la presse, fracture de l’opinion publique : chacun de ces éléments résonne aujourd’hui avec une familiarité qui devrait nous alerter. C’est précisément ce que Céline Chanas, Conservatrice en chef du patrimoine et Directrice du Musée de Bretagne, est venue expliquer dans l’émission  « FJF Philanthropie » diffusée le 2 mars 2026 sur RCJ. Une conversation précieuse, au croisement de la mémoire et de l’engagement citoyen.

L’émission : une rencontre entre mémoire et engagement

Chaque quatrième jeudi du mois, l’émission « FJF Philanthropie » réunit sur les ondes de RCJ 94.8 : Radio Communauté Juive des personnalités du monde culturel, intellectuel et philanthropique pour des échanges approfondis sur la mémoire, la transmission et l’engagement.

L’épisode du 2 mars 2026 ne fait pas exception. Véronique Helft-Malz, Directrice de la communication et du développement de la FJF, y reçoit Céline Chanas pour une conversation autour de l’exposition permanente du Musée de Bretagne consacrée à l’Affaire Dreyfus et surtout, autour de ce que cette affaire continue de nous dire sur nous-mêmes.

Dans la même émission, Perrine Simon-Nahum, directrice de recherche au CNRS et professeur attachée au département de philosophie de l’Ecole normale s’entretient avec l’historien Pierre Birnbaum au sujet de son ouvrage « Le roman du malheur », consacré aux écrivains juifs du XXe siècle. La chronique financière est assurée par Rémy Serrouya, directeur administratif et financier de la Fondation du Judaïsme Français

Le Musée de Bretagne, gardien d’une collection unique

Pourquoi Rennes ? La question mérite d’être posée. C’est pourtant dans cette ville que s’est joué l’un des moments les plus décisifs de l’Affaire : le procès en révision de 1899, au cours duquel Alfred Dreyfus comparaît une seconde fois devant un conseil de guerre et est une nouvelle fois condamné, avant d’être gracié puis définitivement réhabilité en 1906.

Ce lien historique fort explique pourquoi le Musée de Bretagne abrite depuis 2006 une exposition permanente d’une ampleur exceptionnelle : 8 000 pièces, dont une part significative provient de donations directes de la famille Dreyfus. Lettres manuscrites, objets personnels, documents judiciaires, presse d’époque, caricatures, affiches, la collection couvre l’ensemble des dimensions de l’affaire.

Trois axes structurent particulièrement cet ensemble :

  • Les preuves falsifiées : le bordereau, les documents fabriqués, les manchettes de la presse antisémite comme La Libre Parole tout ce qui illustre comment le mensonge peut être organisé, institutionnalisé, et rendu crédible.
  • La dimension humaine et intime : les lettres d’Alfred Dreyfus à sa femme Lucie depuis l’Île du Diable, les objets du quotidien, les portraits de famille, un regard sur ce que l’injustice fait à un homme, à une femme, à des enfants.
  • La portée internationale : le J’accuse de Zola publié dans le journal l’Aurore le 13 janvier 1898, les caricatures de Caran d’Ache, les réactions de la presse étrangère, la preuve que cette affaire a dépassé les frontières françaises pour devenir un symbole universel.

Aujourd’hui, le Musée engage un projet de renouvellement de l’exposition, avec l’ambition de la rendre plus immersive, plus interactive, et davantage en prise avec les enjeux contemporains. Un chantier que Céline Chanas évoque avec conviction dans l’émission.

Pourquoi renouveler l’exposition maintenant ?

La décision du Musée de Bretagne de faire évoluer son exposition permanente n’est pas anodine. Elle traduit une conviction partagée par Céline Chanas : une collection mémorielle n’a de sens que si elle continue de parler au présent.

Le projet de renouvellement s’articule autour de plusieurs ambitions. D’abord, toucher les nouvelles générations en adoptant des formats adaptés : dispositifs multimédias, archives sonores, contenus interactifs permettant une immersion plus directe dans les événements. Des jeunes qui n’ont jamais entendu parler de Dreyfus, ou qui n’en ont qu’une connaissance superficielle, doivent pouvoir entrer dans cette histoire et la faire leur.

Ensuite, renforcer le lien avec les enjeux contemporains en montrant explicitement comment les mécanismes de 1894 se retrouvent dans les crises de 2026. Pas pour faire de l’analogie facile, mais pour développer l’esprit critique et la capacité à reconnaître, dans le présent, les signaux que l’histoire nous a appris à identifier.

Enfin, faire de l’éducation un outil de vigilance. Dans un contexte où les actes antisémites sont en hausse, où la désinformation circule à une vitesse inédite, où la confiance dans les institutions s’érode, le musée entend jouer pleinement son rôle : non pas conserver passivement, mais transmettre activement.

La Fondation du Judaïsme Français et la transmission par l’audio

Cet épisode illustre parfaitement la raison d’être de l’émission  « FJF  Philanthropie » : créer un espace où la mémoire rencontre le présent, où des experts partagent des savoirs essentiels, et où la Fondation du Judaïsme Français affirme son rôle de passeur entre les générations.

En donnant la parole à Céline Chanas, la FJF ne fait pas que valoriser un musée partenaire. Elle invite ses auditeurs et au-delà, tous les citoyens à prendre le temps de comprendre d’où viennent certaines crises, et pourquoi la mémoire n’est pas un luxe intellectuel mais une nécessité civique.

Conclusion

L’Affaire Dreyfus n’est pas un chapitre fermé de l’histoire de France. Elle est un outil de lecture du monde d’aujourd’hui de ses fragilités, de ses dangers, mais aussi de sa capacité à se corriger quand des voix courageuses s’élèvent pour dire la vérité. En accueillant Céline Chanas dans son émission, la Fondation du Judaïsme Français remplit pleinement sa mission : faire vivre la mémoire pour éclairer le présent, et transformer la connaissance en engagement.

Écoutez. Transmettez. Et n’oubliez pas.