8ème colloque CCJ Simone Veil : « Français, juif et sioniste : faut-il encore se justifier? »

En France, en 2026, le débat public reste traversé par une tension persistante. Depuis les événements du 7 octobre 2023, la société française est confrontée à une montée sans précédent des actes et discours antisémites, souvent dissimulés derrière des formes renouvelées d’hostilité politique, idéologique ou médiatique. Dans ce climat troublé, une question s’impose avec une acuité nouvelle :

 Faut-il encore se justifier pour être Français, juif et sioniste ?

C’est à cette interrogation frontale qu’a répondu le 8ᵉ colloque annuel du Centre Culturel Juif Simone Veil, organisé le dimanche 1er février 2026, dans le cadre solennel de l’Hôtel de Ville de Montpellier.

Placée sous le signe du refus de toute justification identitaire, cette édition s’inscrit également dans une dimension mémorielle forte. Le colloque est dédié à la mémoire d’Ilan Halimi, symbole tragique d’un antisémitisme bien réel, loin des abstractions théoriques. Une manière de rappeler que derrière les mots, les débats et les polémiques, il y a des vies, des destins et une exigence morale : celle de ne jamais banaliser la haine.

Le CCJ Simone Veil : un rendez-vous citoyen devenu incontournable

Depuis huit ans, le CCJ Simone Veil organise un colloque annuel consacré à la lutte contre l’antisémitisme et à la défense des valeurs républicaines. D’édition en édition, ce rendez-vous s’est imposé comme un temps fort du débat citoyen, à la croisée de l’histoire, de l’actualité et de la réflexion civique.

Son ambition est constante :

  • éclairer les mécanismes anciens et contemporains de l’antisémitisme,
  • nourrir le débat public par des analyses rigoureuses et pluralistes,
  • transmettre aux jeunes générations les outils nécessaires pour résister à la haine et aux simplifications idéologiques.

Ouvert à tous citoyens, étudiants, enseignants, élus, responsables associatifs, le colloque s’inscrit pleinement dans l’héritage républicain de Simone Veil. Loin de toute logique communautaire, il affirme que la lutte contre l’antisémitisme concerne l’ensemble de la société, parce qu’elle engage le cœur même du pacte républicain.

Pourquoi poser cette question en 2026 ?

En 2026, cette question n’a rien de théorique. Elle reflète un glissement préoccupant du débat public, où l’antisionisme devient trop souvent le vecteur d’un antisémitisme décomplexé. Sous couvert de critique politique, certains discours réintroduisent des stéréotypes anciens, une mise en accusation collective et une suspicion permanente à l’égard des Juifs de France.

À cette dérive s’ajoute une pression sociale et médiatique croissante : devoir se positionner, se dissocier, expliquer sans cesse ce qui devrait relever de l’évidence citoyenne. Être juif et sioniste semble parfois perçu comme une anomalie à défendre, plutôt qu’une conviction légitime à respecter.

La réponse portée par le colloque est claire : aucune justification n’est requise. Ni l’histoire, ni la République, ni les principes démocratiques n’imposent de hiérarchiser les identités. Le colloque affirme avec force que judaïsme, sionisme et engagement républicain sont pleinement compatibles. Refuser cette compatibilité, c’est fragiliser l’ensemble du corps social.

Une édition placée sous le signe de la mémoire d’Ilan Halimi

En dédiant cette édition à Ilan Halimi, le CCJ Simone Veil rappelle une réalité essentielle : l’antisémitisme en France n’est ni abstrait ni théorique. En 2006, Ilan Halimi, jeune Français juif, est enlevé, séquestré et assassiné parce qu’il est juif. Les faits, établis par la justice, ont révélé un crime antisémite, nourri de préjugés anciens et d’une haine assumée.

Sans sensationnalisme, ce rappel s’impose comme un point de bascule dans la conscience nationale. Commémorer Ilan Halimi, c’est refuser la banalisation des actes et discours antisémites, souvent relativisés au nom de contextes politiques ou géopolitiques. La mémoire devient ici un outil civique, indispensable pour comprendre le présent et empêcher la répétition.

Deux grandes séquences pour comprendre et agir

Le colloque s’est articulé autour de deux temps forts complémentaires.

 La première séquence a proposé une approche historique, inscrivant l’antisémitisme dans le temps long. Elle a mis en lumière les continuités idéologiques des accusations médiévales aux théories complotistes contemporaines et permis la déconstruction des mythes actuels, notamment l’assimilation abusive entre sionisme et racisme.

La seconde séquence s’est ancrée dans l’actualité politique et républicaine. Elle a interrogé la place de l’antisémitisme dans certains discours médiatiques et institutionnels, les enjeux juridiques liés à la protection des victimes, ainsi que les responsabilités des élus et de l’État. Face à la haine, l’inaction ou l’ambiguïté ne sont pas des options.

Léon Blum, une réponse par l’histoire

L’ouverture du colloque par la projection du documentaire « Léon Blum, portrait d’un homme haï et adoré » a offert un éclairage puissant. Homme d’État majeur de la IIIᵉ République, chef du gouvernement du Front populaire, Léon Blum incarne à la fois un parcours républicain exemplaire et la réalité d’un antisémitisme politique violent.

Juif assumé, Français profondément républicain, sioniste modéré et humaniste convaincu, il incarne la compatibilité des identités que certains continuent de contester. Par son parcours, il apporte une réponse incarnée à la question posée : nul besoin de se justifier.

Le rôle de la Fondation du Judaïsme Français

En soutenant ce colloque, la Fondation du Judaïsme Français réaffirme son engagement selon trois axes indissociables :

  • La mémoire, en soutenant les travaux historiques, les colloques et les actions de transmission. 
  • Le présent, en accompagnant les initiatives qui répondent aux défis contemporains, notamment la lutte contre l’antisémitisme. 
  • L’avenir, en investissant dans l’éducation, la jeunesse et la formation citoyenne.

Ce triptyque donne à l’action de la Fondation une cohérence durable, essentielle dans un contexte de crispations identitaires et de fragilisation du lien républicain. 

Au-delà du soutien institutionnel, la Fondation du Judaïsme Français joue un rôle de facilitateur et d’accompagnateur auprès des acteurs de terrain : associations, centres culturels, enseignants, chercheurs, élus locaux. Elle soutient des projets éducatifs et culturels destinés à déconstruire les préjugés, à former l’esprit critique et à renforcer la compréhension mutuelle. En agissant à la fois sur le temps long et sur l’urgence du présent, la Fondation inscrit la lutte contre l’antisémitisme dans une stratégie globale, fidèle aux valeurs de la République.

Conclusion – Pourquoi ce colloque compte ?

En 2026, alors que l’antisémitisme demeure l’une des haines les plus persistantes en France, ce 8ᵉ colloque du CCJ Simone Veil s’impose comme un moment de clarté républicaine. Il rappelle que ni les crises internationales, ni les tensions sociales ne peuvent justifier la haine.

Par la transmission, la vigilance et la responsabilité collective, il affirme que la lutte contre l’antisémitisme est un combat fondamental pour la démocratie. Être Français, juif et sioniste ne doit jamais appeler d’explication. C’est une réalité légitime, inscrite dans l’histoire et l’avenir de la République.